Prendre le bus : du rêve à la réalité

Les préjugés contre le mode de vie urbain sont plutôt résistants à Québec. Notre maire sortant en a fait la preuve lors du débat électoral organisé par la Chambre de commerce de Québec. Ceux qui ne le savent pas déjà étaient probablement sur un autre continent au moment où la bourde est sortie : « Je ne suis pas certain qu’on trouverait 100 personnes qui rêvent de prendre l’autobus ». En d’autres mots : qui peut bien endurer l’odeur des autres, l’inconfort total, les arrêts multiples, attendre dehors sous la pluie… et tout ça par choix? Ou encore : qui est-ce qui ne prend pas déjà l’autobus serait prêt à le faire?

Une phrase toute simple qu’on entend souvent de gens qui n’ont jamais connu autre chose qu’une voiture comme solution de déplacement. Toutefois, ces propos inquiètent lorsqu’ils sont prononcés par le primat d’une administration publique qui finance elle-même le système de transport dont elle expose la prétendue déficience au grand jour. Faire ce constat en pleine élection devrait donc conduire les futurs élus à en faire plus pour promouvoir notre réseau de transport en commun, voire le rendre plus attractif. Pas le contraire.

C’est d’ailleurs ce que souhaite plusieurs milliers de personnes qui se sont livrés à l’exercice de la pétition pour faire connaître leur existence. Des gens ordinaires qui souhaiteraient pouvoir passer du point A au point B en tout confort, et ce rapidement, sans avoir à utiliser leur véhicule personnel. Cette pétition a sûrement été signée par des mordus du transport collectif, ces gens qui font le choix volontaire de ne pas avoir de voiture, mais aussi par ceux qui rêvent littéralement que le réseau réponde à leurs besoins spécifiques. Voilà où le maire s’est trompé. Trouver 100 personnes qui en rêvent m’apparaît plutôt facile, mais trouver autant de gens qui le font… C’est d’ailleurs ce que le maire a plaidé devant le succès remporté par la fameuse pétition : « Qu’ils rêvent d’avoir un meilleur transport collectif, je comprends, dit-il. Mais qu’il y en a des milliers qui veulent absolument laisser leur voiture pour prendre l’autobus, je ne pense toujours pas qu’il y en a 100.»

Jusqu’à maintenant, la population de Québec lui donne raison. Outre quelques urbains vendus à la cause, qui prend l’autobus uniquement par choix? Qui est prêt à passer du rêve à la réalité? Pour la plupart des gens, le transport collectif sera toujours soit contraignant, soit contraint. Du moins, jusqu’à ce que nos sociétés évoluent vers d’autres valeurs plus écologiques, moins individualistes et moins matérialistes.

Contraignant parce qu’il exige plus de temps pour de nombreux parcours et déplacements, qu’il demande plus d’effort physique, plus de souplesse dans l’organisation de son temps, etc. Adhérer au transport collectif exige également des choix de vie cohérents : réduire son rayon d’activités quotidiennes et habiter des quartiers plus denses par exemple.

Contraint par les coûts liés à la possession d’une automobile, par la capacité de notre réseau routier et par la tendance lourde chez l’être humain à construire des agglomérations où se concentre la richesse. En jouant sur les éléments de contrainte, plusieurs villes ont réussi à faire basculer les mentalités à l’égard du transport en commun. Québec refuse d’envisager cette option.

Pour ceux qui tentent actuellement de contraindre la Ville à investir dans le transport collectif, je répond ceci : Signer une pétition n’aura jamais le même poids que l’achat de son laisser-passer mensuel. Il suffit d’en faire l’effort.

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Un avis sur « Prendre le bus : du rêve à la réalité »

  1. Bonjour, j’ai fait l’effort. J’ai utilisé le transport en commun pendant 6 mois consécutifs, et ce, même si j’ai une voiture. Je l’ai fait uniquement par choix. C’est donc plus de 3 heures et demi que je passais par jour en transit plutôt que … 50 minutes, trafic inclus à la pire heure de pointe.

    Croire qu’il faut demander au public de faire l’effort pour voir améliorer le service est demander l’impossible, il faut commencer par améliorer le service. Après 6 mois à perdre plus de 2 heures par jour, à me faire rincer sous la pluie, à voir passer dans ma face les autobus qui ne respectent pas leur horaire, à attendre parfois jusqu’à une demi-heure la suivante, à marcher et me faire intimider par les voitures passant à 65 km/h dans des rues pas de trottoir et tout cela sans économiser un seul sous, j’en ai eu assez!

    Je suis un dure de dure qui croit aux TC dure comme fer, j’ai fait l’effort pendant plus de 6 mois! Mais là, j’abandonne, j’ai repris la voiture. Le service devra s’améliorer avant de voir le citoyen moyen tronquer sa voiture pour l’autobus.

    Donc, pour conclusion, je continuerai à militer, mais ne comptez plus sur moi pour donner l’exemple, c’est trop demander.

    Voilà pour la tranche de vie! :)

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